Archive for mars, 2008


Réflexions sur le web en général et sur le web en particulier

Berners-LeeL’année 2007 s’est terminée avec un article fondateur de Tim Berners-Lee, cofondateur reconnu du web avec Robert Cailliau, préconisant l’arrivée du Graphe Géant ou GGG (Giant Global Graph). L’objectif était de démontrer qu’après l’ère d’Internet reliant les ordinateurs, celle du web reliant des documents, était venu le temps du Graphe reliant directement des données granulaires entre elles. Nous sommes bien loin ici du « graphe social » de Mark Zuckerberg, permettant d’agréger les relations humaines qui nous constituent en un lieu unique. Je ne peux m’empêcher de voir au travers du prisme de cet article les avancées à venir en matière de communication numérique.
L’idée d’une navigation immersive, permettant de transformer automatiquement tout élément d’un texte ou d’un média en lien renvoyant vers un élément approchant, est tout d’abord facile à illustrer visuellement, grâce à une interface riche (RIA), telle que Flokoon. Elle appelle ensuite en écho un certain nombre de technologies et d’applications vouées à se développer fortement dans les années à venir.
D’une manière immédiate, les micro-formats (XFN, FOAF, SPARQL, OWL…) sont destinés à se développer en étant de plus en plus utilisés par les développeurs d’applications et de sites web. Pour autant, une nouvelle guerre des formats est ici à l’œuvre et aucun effet réseau suffisamment important n’a encore permis à un de ces langages de clairement se détacher.
Ensuite, la prophétie de Berners-Lee de ne plus se déplacer de document en document mais d’élément isolé en élément isolé s’est vue offrir un avant-goût via l’ouverture de la plateforme F6 de Facebook aux applications tierses. Maintenant qu’elles ont accès aux plateformes sociales, d’innombrables applications ou API, permettent de modeler les sites à l’image de leurs utilisateurs. Le « web as a platform », crédo de Tim O’Reilly en vue de définir le web 2.0, prend forme. Le premier pas vers le web sémantique, vraisemblablement 3.0, qui est d’ouvrir ces mêmes plateformes en mettant à disposition des autres sites et applications les données des utilisateurs (basées sur les micro-formats) a été initié par Google avec son programme OpenSocial. Le mouvement d’ouverture et de partage des données entre réseaux sociaux est appelé à se poursuivre et des initiatives comme celles de Netvibes et de son Universal Widget Api, permettant aux widgets créés d’être multiplateformes, le facilite. Si la croissance des principaux réseaux sociaux (hors LinkedIn) tend à se tasser, le nombre de réseaux sociaux augmente exponentiellement, notamment grâce à des outils de création de réseaux, tels Ning. Ceux-ci ont tout intérêt à partager l’initiative. La longue traîne pourrait alors l’emporter sur le conservatisme de sites leaders, comme Facebook et engendrer le fameux graphe social, reliant plusieurs profils à un seul utilisateur et non à un avatar.
Ces considérations pourraient demeurer celles de geeks amateurs d’abstraction, si la publicité dans son ensemble n’allait être chamboulée par le mouvement vers le web sémantique, qui se dessine de plus en plus. En ouvrant récemment son news feed à des applications tierses, le programme Beacon de Facebook, consistant à promouvoir les articles achetés chez les marchands partenaires par les membres de son réseau, laisse entrevoir une nouvelle forme de publicités Les publicités perdraient alors l’ensemble des attributs subjectifs, qu’elles véhiculent aujourd’hui, pour ne transmettre que du factuel : « untel, membre de votre réseau, a acheté tel produit chez tel marchand ». Aucune interférence ne vient se placer dans la mécanique virale qui se crée entre pairs. Cette initiative pourrait aisément être récupérée par des « agrégateurs » de réseaux sociaux, tels que Plaxo, et devenir une nouvelle forme publicitaire, reconnue ou non par l’IAB.

Pour qu’une information immédiate à produire et diffuser soit réellement efficace en termes de transformation, elle doit également être instantanée à consommer. Si nous suivons ce que sous-entend le directeur marketing d’Ericsson, Johan Bergendahl, à savoir que le « web mobile » (haut-débit mobile, technologie HSPA) est sur le point de supplanter le « web en mobilité » (Hot Spots Wifi), la discontinuité de l’information serait un concept en fin de vie. C’est pourquoi la diminution des coûts d’accès au web mobile représenterait un des chantiers principaux des opérateurs mobiles en 2008.