Archive for juin, 2008


Propriété intellectuelle en réanimation artificielle

LessigCa y’est. Les éditeurs de presse ont compris qu’ils ne pourront s’en sortir en protégeant leur contenu plutôt qu’en le monétisant sur le web. Il était temps. Ils découvrent aussi qu’un précepte d’Esther Dyson, vieux de 14 ans, va se réaliser de manière inéluctable.

Je reprends ici mot pour mot l’extrait de l’article de Francis Pisani concernant la prédiction de Steve Ballmer de la disparition de la presse écrite d’ici 10 ans :

“Il part d’un argument formulé par Esther Dyson en 1994 selon lequel le fait que le contenu digital peut être copié et transmis facilement forcera les entreprises qui en vivent à le donner quitte à gagner de l’argent à la périphérie… Cela revient à “distribuer gratuitement la propriété intellectuelle pour pouvoir vendre des services et des relations.” écrivait elle, exactement ce que faisait le groupe de rock Grateful Dead qui encourageait l’enregistrement de ses concerts pour vendre des T-shirts.”

Je ne m’attarde pas sur ces considérations largement diffusées par Larry Lessig, apôtre de la free culture, ou par Alban Martin en France au sujet du peer-to-peer.

Et pourtant, et pourtant. Qui aujourd’hui dans le monde a à la fois le courage et le pouvoir de demander des pouvoirs publics de réviser de fonds en comble des codes de propriété intellectuelle en inadéquation avec les usages des populations et avec le cours de l’histoire (et de la technologie) ? Qui pourrait faire comprendre aux majors de la musique qu’elles ne regardent pas dans la bonne direction depuis 15 ans et qu’aucune justice du monde ne pourrait les protéger des dangereux pirates si différents de vous et moi ? Le modèle de propriété intellectuelle auquel elles s’accrochent est mort de facto avec la culture du mashup et la facilitation de l’échange (eMule peut fermer, il restera Hype Machine ou les centaines de blogs musicaux vers qui elle renvoie). Les analogies avec le monde du cinéma ou de la télévision sont aisées. La réticence des dirigeants de ces entreprises à changer radicalement de modèle de business pour devenir le premier à sauter le pas et à empocher le gain du first mover est difficile à comprendre. L’absence de personnage, de pays ou d’organisation d’envergure à leur faire comprendre ce qui, pour certains depuis 1994, est une évidence, est encore plus difficile à comprendre. N’est-ce pas là une mission qui reviendrait naturellement à la Comission Européenne ?

Faut-il attendre d’être au seuil de la mort, comme les éditeurs de presse, pour chercher activement une alternative à son business model et repenser au sens du copyight ? Ceux-ci ne peuvent-ils pas éduquer leurs collègues des médias alentours ?

Cet article est décousu mais est révélateur d’une véritable détresse intellectuelle. Merci de m’accompagner.

A quand le conseil en web, le vrai ?

ConsultantQuestion idiote : comment se fait-il que le conseil en stratégie et en organisation, soit le conseil au sens noble du terme, soit totalement dépourvu d’acteurs ? Peut-on mettre cette carence sur la force d’inertie d’acteurs traditionnels proches du domaine ou ces derniers croient-ils tout simplement pratiquer cette activité ?

Les acteurs en question :

  • les spécialistes du conseil en SI (Accenture, Cap Gemini, Atos) : ils connaissent les nouvelles technologies, côtoient en permanence des annonceurs ayant leur site. D’un autre côté, ils n’ont jamais baigné dans la culture web, ne le revendiquent pas et ne cherchent pas, parmi la génération Y, de futurs talents du web.
  • à ma droite, les agences web pure players (Duke, FullSix, Nurun, Digitas) : elles souffrent d’un turn-over très élevé qui ne permet pas de capitaliser sur la formation des employés (à moins que cela soit l’oeuf et non la poule…) et préfèrent, au suivi des clients sur le long-terme, les projets de moyen terme.
  • de petites boîtes et free-lances barbotant entre les deux, cachant souvent sous le tire de consultant celui d’ergonome, de communicant ou tout simplement d’escroc.

La question est maintenant de savoir qui fera le premier pas pour rafler la mise ? Un des acteurs précédents ou un pure player ? A vous de me dire.

Le mystère du permission marketing

Opt-inLe mystère est entier. Comment le permission marketing peut-il perdurer ? Qui sont les naïfs qui après avoir participé en vain à 1200 tirages au sort, 9 fois sur 10 pipés et sans huissiers, continuent de plus belle ? Quel bénéfice penser pouvoir tirer de la case “J’accepte de recevoir des offres de partenaires commerciaux que je ne connais pas.” ? Si, le bénéfice bien connu de tous est la maximisation des chances de gagner à ces fameux jeux-concours.

La boucle est bouclée. Je livre des données personnelles, qui ont une valeur certaine, j’accepte d’encombrer ma boîte mail, le tout sans aucune contre-partie. Combien de temps avant que ce truisme ne sorte de l’enclos des geeks pour parvenir au plus grand nombre ? L’avenir nous le dira.

Vos avis sur la disparition pure et simple de ce business sont les bienvenus.

Petits mais costauds ?

pimousse.jpgSi vous êtes nés à partir de 1981-1982, lisez les blogs techno US actuellement et votre ego s’en trouvera ragaillardi. Read/Write Web nous gratifie d’un nouveau post sur le thème “la génération Y vient sauver nos entreprises ringardisantes à l’aide de leurs 1000 façons de communiquer“. On peut très bien comprendre l’impatience des quadras les plus geeks de la Silicon Valley de voir la génération “techno-native” (j’assume pleinement ce néologisme) mettre à mal les plus féroces ayatollahs de la sécurité des départements IT de nos entreprises. L’objectif est de laisser les services d’échange en ligne faire partie de notre vie professionnelle de tous les jours, puisque celle-ci est censée ne faire qu’une avec notre vie privée. Deux arguments peuvent être mis en avant. Le plus avouable : l’augmentation de la productivité grâce à des relations interprofessionnelles facilitées. Le moins avouable : la perte de productivité due à l’utilisation personnelle de ces mêmes outils est mise au profit d’un bien-être accru des salariés, qui bénéficie à toute l’entreprise.

Toutefois, quel dirigeant est aujourd’hui prêt à entendre ce genre d’arguments ? Quel DSI serait aujourd’hui prêt à privilégier Google Docs à Microsoft Word ? Quel quadra (de la génération X) verrait-il en MSN autre chose que le passe-temps de ses enfants de 13 ans ? Ne faudra-t-il pas attendre que notre génération atteigne le cap des 30 ans ?

Au final, l’entreprise 2.0 n’est-elle pas une n-ième prophétie de blogueurs annoncée 5 ans trop tôt ? Qu’en pensez-vous ?