Archive for the ‘Médias & web 2.0’


Propriété intellectuelle en réanimation artificielle

LessigCa y’est. Les éditeurs de presse ont compris qu’ils ne pourront s’en sortir en protégeant leur contenu plutôt qu’en le monétisant sur le web. Il était temps. Ils découvrent aussi qu’un précepte d’Esther Dyson, vieux de 14 ans, va se réaliser de manière inéluctable.

Je reprends ici mot pour mot l’extrait de l’article de Francis Pisani concernant la prédiction de Steve Ballmer de la disparition de la presse écrite d’ici 10 ans :

“Il part d’un argument formulé par Esther Dyson en 1994 selon lequel le fait que le contenu digital peut être copié et transmis facilement forcera les entreprises qui en vivent à le donner quitte à gagner de l’argent à la périphérie… Cela revient à “distribuer gratuitement la propriété intellectuelle pour pouvoir vendre des services et des relations.” écrivait elle, exactement ce que faisait le groupe de rock Grateful Dead qui encourageait l’enregistrement de ses concerts pour vendre des T-shirts.”

Je ne m’attarde pas sur ces considérations largement diffusées par Larry Lessig, apôtre de la free culture, ou par Alban Martin en France au sujet du peer-to-peer.

Et pourtant, et pourtant. Qui aujourd’hui dans le monde a à la fois le courage et le pouvoir de demander des pouvoirs publics de réviser de fonds en comble des codes de propriété intellectuelle en inadéquation avec les usages des populations et avec le cours de l’histoire (et de la technologie) ? Qui pourrait faire comprendre aux majors de la musique qu’elles ne regardent pas dans la bonne direction depuis 15 ans et qu’aucune justice du monde ne pourrait les protéger des dangereux pirates si différents de vous et moi ? Le modèle de propriété intellectuelle auquel elles s’accrochent est mort de facto avec la culture du mashup et la facilitation de l’échange (eMule peut fermer, il restera Hype Machine ou les centaines de blogs musicaux vers qui elle renvoie). Les analogies avec le monde du cinéma ou de la télévision sont aisées. La réticence des dirigeants de ces entreprises à changer radicalement de modèle de business pour devenir le premier à sauter le pas et à empocher le gain du first mover est difficile à comprendre. L’absence de personnage, de pays ou d’organisation d’envergure à leur faire comprendre ce qui, pour certains depuis 1994, est une évidence, est encore plus difficile à comprendre. N’est-ce pas là une mission qui reviendrait naturellement à la Comission Européenne ?

Faut-il attendre d’être au seuil de la mort, comme les éditeurs de presse, pour chercher activement une alternative à son business model et repenser au sens du copyight ? Ceux-ci ne peuvent-ils pas éduquer leurs collègues des médias alentours ?

Cet article est décousu mais est révélateur d’une véritable détresse intellectuelle. Merci de m’accompagner.

Vers une LCEN 2.0…

JusticeUne fois n’est pas coutume, je fais office de passe-plat pour vous vanter les louanges de cet excellent article sur Ecosphere,  écrit par Emmanuel Parody,  publisher du pôle business-news de C|net France. L’idée sous-jacente est très simple. Pour éviter qu’une affaire Fuzz ne se représente, il s’agirait de nuancer les deux seuls statuts d’acteurs de l’économie numérique reconnus par la LCEN : ceux d’hébergeur et d’éditeur. En cherchant à se dédouaner de la pleine responsabilité de la publication de contenus, interdits, sur leurs sites, les responsables de sites communautaires n’ont d’autre alternative que de se faire passer pour de simples hébergeurs, chose trop facile à réfuter. Pourquoi ne pas alors distinguer les éditeurs de services des éditeurs de contenus ? Les premiers structurent ex-ante une information par la suite crée, agrégée, aspirée (dans le cas des flux RSS). La responsabilité de l’éditeur commencerait alors une fois pris connaissance du contenu incriminé. Les second créent ex-nihilo leur propre contenu et en sont par conséquent pleinement responsables.

Bref, je vous recommande vivement la lecture de ce post.

Last night a major left my life

white_label.jpg A la suite de Radiohead, le groupe Nine Inch Nails annonce vouloir assurer lui-même la production et la distribution de leur prochain album. Leur album serait vendu en ligne sur un site autonome à des internautes en ayant librement fixé le prix.

Pour ce qui est de la production, rien de bien nouveau. Pour ce qui est de la distribution, merci l’institut Fraunhofer d’avoir inventé le mpeg. La révolution vient du troisième maillon de l’industrie musicale : le marketing. L’activité consistant à identifier sa cible et à définir un prix, un mode de promotion et de distribution, est désormais confiée aux clients/internautes. L’offre et la demande peuvent désormais être contrôlées par les mêmes personnes. Ce nouveau type de marché reposerait sur la simple hypothèse que ces acteurs hybrides agissent de manière rationnelle en groupe.

L’emploi de ce jargon économique est ici volontaire pour décrire un secteur habituellement considéré comme “à part”, comme l’ensemble des secteurs culturels. Le secteur musical est peut-être en train de servir de terrain d’expérimentation pour de nombreux autres secteurs économiques en voie de désintermédiation, à défaut de dématérialisation. A vous de me donner le nom des secteurs les prochains sur la liste : le crédit, le cinéma ?

La fin des papiers à musiques ?

TsugiQuel avenir pour les magazines spécialisés de musique ?
En matière de prix, de fraîcheur des informations, d’offre de titres et d’exclusivité des informations, ceux-ci ne peuvent concurrencer les blogs spécialisés. La musique électronique offre un bel exemple : d’un côté Fluokids, que l’on ne présente plus, de l’autre feu Trax.
Fluokids, par son ton sarcastique, très proche d’addikted.net, ses photos décalées et ses mp3 gratuits souvent de qualité et en avant-première, distribués tels des cadeaux bonux, justifient en moyenne 4000 Visites Uniques par jour.

A ma droite, Trax, ancienne référence du monde de la musique électronique dans les pays francophones a du fermer boutique. Sans faire de lien de cause à effet, le parallèle est instructif. Deux raisons à la fermeture selon mon humble avis : Trax avait fait le pari de s’en tenir à la musique (contrairement aux Inrocks par exemple) et comme toutes les tendances musicales, l’électronique connaît des hauts et des bas : nous sommes aujourd’hui pas loin du plus bas… Certains journalistes de Trax, après avoir tenté en vain de reprendre le vaisseau en péril, croient toujours en l’aventure en recréant des cendres de Trax un magazine intitulé Tsugi.

L’avenir nous dira si la cohabitation est possible.

Update : Trax aurait en fait été racheté par Technikart, mais visiblement après une mise en liquidation judiciaire…

Paperboys and everyone else

Paperboy Le passage d’un site partiellement sur abonnement (et donc fermé aux crawlers des moteurs de recherche) à un site tout gratuit pour les deux géants de la presse américaine que sont le New-York Times et le Wall Street Journal, marque l’effondrement du modèle payant pour les sites de journaux à fort tirage. S’il en est question, c’est que ces décisions correspondent à une décision rationnelle provenant d’acteurs déja largement rentables en ligne. Il ne s’agit pas d’une stratégie défensive prise dans l’urgence face à un manque substantiel d’abonnements pour la version en ligne. Il s’agit du résultat du calcul comparant la rentabilité actuelle à une rentabilité reposant uniquement sur les revenus publicitaires d’un journal intégralement gratuit (Didier de Media&Tech livre une parfaite analyse de cette stratégie). Le Financial Times ne tardera sûrement pas d’ailleurs à leur emboîter le pas…

Il n’est pas étonnant que de tous les secteurs nécessitant un échange d’informations, celui des médias est aujourd’hui le premier à changer littéralement de forme sous la libération des flux d’information et sous l’accès facilité de chacun à la production de contenus, ce qui entraîne la disparition de la valeur des informations généralistes brutes. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais choisi d’intituler mon mémoire de fin d’études : “Médias traditionnels et acteurs du Web 2.0 : vers la cohabitation ou la convergence des acteurs de l’information et du divertissement ?”, téléchargeable ici.

La question à se poser désormais est : who’s next ? Des idées en vrac :

  • L’industrie pharmaceutique devant faire face à des cli… pardon à des patients de plus en plus informés sur les différences (lorsqu’elles existent) entre médicaments génériques et médicaments commerciaux?
  • Le secteur du jeu, encore monopole d’Etat pour peu de temps je le crois en Europe ?
  • Le secteur de l’édition, lorsque des clônes de Lulu fleuriront ça et là ?

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Crédit photo : Atari